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Supply chain et santé : les défis partagés de la transformation digitale

11 Feb 2020

 

Tel a été le thème central de la conférence donnée le 8 janvier 2020 par William Zanotti en ouverture du Programme Roche en Economie de Santé, qui réunit chaque année une centaine de représentants du monde hospitalier pour réfléchir aux évolutions du monde de la santé.

 

 

 

 

La transformation de la donnée partagée

 

En s’ouvrant avec le développement de l’électricité et de la mécanique, et en se clôturant avec un développement considérable des technologies de l’information, le XXè siècle a été extrêmement riche en transformations technologiques. Alors pourquoi une telle emphase sur les disruptions observées en ce début du XXIè siècle ?

 

Au-delà de l’innovation technologique, le bouleversement économique qu’a entrainé l’augmentation considérable des puissances de traitement de la donnée pour un coût devenu dérisoire est le principal élément de disruption. Le monde actuel est celui de la donnée partagée entre plusieurs acteurs. Et c’est ce partage devenu possible qui chamboule les écosystèmes et le rôle de chaque acteur.

 

C’est ainsi par exemple que la technologie du Bitcoin permet de disposer d’une banque qui héberge environ 140 milliards de $ d’actifs sans aucun salarié pour la gérer ni la surveiller, avec pour unique nature de dépense une consommation électrique égale à 150% de celle d’un pays comme la Suisse pour alimenter - et surtout refroidir ! - les milliers d’ordinateurs de cette blockchain.

 

Les possibilités de partage de la donnée bouleversent aussi bien les chaines de valeur des métiers de la supply chain que celles de la santé.

 

En effet, les métiers de la supply chain comme ceux de la santé impliquent de très nombreux acteurs et sont en train de se transformer considérablement, à un rythme plus lent que celui décrit dans la presse et les salons professionnels, mais avec une ampleur jamais vue.

 

Une dizaine de constantes, qui ont été exposées à l’occasion de cette conférence, permettent d’expliquer la mécanique de ces évolutions. Nous en évoquons les principales ci-dessous.

 

L’Homme a horreur du changement

 

Tout dirigeant témoignera de la grande difficulté d’impulser le changement dans son entreprise. Malgré tout, la supply chain et la e-santé recèlent chacun des raisons profondes conduisant à accepter la remise en cause des pratiques actuelles.

 

Les métiers de la supply chain sont en pleine révolution du fait :

  • du développement du e-commerce, rendu possible par la possibilité de relier par un simple smartphone consommateur final et producteur. Le 11/11/2017, jour des célibataires, la société Alibaba a livré pour 25 milliards d’€ en 24 heures grâce à une supply chain qui a été capable de livrer sa première commande en Chine en 12 minutes…

  • de la prise de conscience aigüe de l’urgence environnementale, sociale et sociétale dans la plupart des pays développés. Or, le e-commerce, qui implique des colis individuels beaucoup plus volumineux à transporter, et ses 40% de livraisons non réussies, présente un bilan carbone considérablement plus dégradé que le commerce traditionnel.

Ces constats conduisent les supply chain managers à revoir profondément leur organisation…

 

 

Pour sa part, le secteur de la santé connait deux défis majeurs :

  • Les dépenses de santé croissent à un rythme de 0,5% du PIB et devraient doubler en atteignant environ 16% du PIB d’ici 2060

  • Dans le même temps, le nombre de médecins va baisser d’environ 1 % / an jusqu’en 2025 et la baisse va sans doute s'accélérer au-delà à cause d’une pyramide des âges particulièrement préoccupante

     

     

La transformation digitale est systémique

 

Ces enjeux font que les recettes usuelles d’amélioration incrémentales ne sont plus adaptées : il faut passer de la bougie à la lampe électrique. Il faut changer le modèle économique et faire évoluer le tryptique capacités informatiques – organisation – ressources humaines.

 

Pour permettre une préparation de commande fiable et rapide, le stockage des marchandises devient une activité hautement capitalistique, avec des investissements dans des entrepôts automatisés qui vont maintenant jusqu’à dépasser 200 millions d’€.  Mais au-delà de ces équipements, il faut faire évoluer l’informatique, l’organisation et les métiers.

 

Lors du Hubday du 30 janvier 2020 organisé par le hubinstitute, il a été indiqué que, dans les métiers du luxe ou de l’épicerie, le métier de vendeur et de livreur sont en train de converger car avec le e-commerce le vendeur se déplace à domicile et se fait progressivement livreur.

 

Pour sa part, le plan Ma Santé 2022 repose sur 5 piliers interdépendants : Améliorer la qualité des soins et la pertinence des actes, en utilisant les possibilités offertes par le numérique, en rectifiant les excès inflationnistes engendrés par la tarification à l’acte, en repensant l’organisation territoriale des soins par le regroupement des professionnels de santé, et revoir une formation de médecine qui est était devenue inadaptée aux évolutions actuelles.

 

 

Le poids de l’intelligence artificielle

 

Que ce soit pour le pilotage des automatismes ou pour prévoir la demande, les briques d’intelligence artificielle ont une place de choix dans la transformation des supply chain – 78% des entreprises interrogées dans le panorama digital 2020 rédigé pour l’ASLOG considèrent que l’IA est pertinente pour leur activité.

 

Il en va de même en matière de santé : sur les 315 innovations en matière de santé analysées par EY pour le compte du LIR dans un rapport de décembre 2019,  155 ont un fort contenu informatique dont 65 (soit 41%) portent sur l’aide au diagnostic : En effet, l’ensemble des technologies du traitement du signal et de l’imagerie médicale (cardiologie, radiologie, mais aussi dermatologie…) peuvent être considérablement optimisées par l’apport de traitements informatisés à base d’intelligence artificielle. 

De fait, dans un sondage réalisé fin 2019 par EY, 81% des CHU considèrent que l’IA est un sujet très important pour les hôpitaux.

Mais cette transformation sera ralentie par certaines caractéristiques propres au monde de la santé : la donnée de santé est particulièrement sensible, et les débats actuels sur le projet de loi de bioéthique portent notamment sur l’encadrement et la sécurisation de l’utilisation de ces technologies.

 

 

Data Hard – Mining Easy : La bataille de la donnée

 

Le récent panorama de la transformation digitale rédigé par DigiLence pour le compte de l’ASLOG met clairement en évidence que toutes les entreprises ont lancé des chantiers pour améliorer la qualité, le partage et les possibilités d’usage des données. Aucune des entreprises n’a été en mesure d’annoncer un degré d’avancement satisfaisant.

 

De manière symétrique, le monde hospitalier est en pleine effervescence autour du sujet de la donnée et pas un congrès n’échappe à un échange sur les défis de la donnée de santé : fiabilité, interopérabilité, confidentialité, précision, ontologie… Avec l’explosion des technologies numériques depuis une cinquantaine d’années, on recense en moyenne 200 systèmes informatiques dans un hôpital – dont très peu sont communicants. Or les enjeux de la maitrise de la donnée en matière de santé sont considérables, que ce soit pour mieux permettre la prévention, sécuriser le diagnostic, optimiser et personnaliser le traitement, impliquer le patient dans sa thérapie, développer la santé à domicile, accélérer le développement des médicaments et en réduire les coûts de R&D …

 

 

L’homme : la solution, pas le problème

 

De prime abord, la transformation digitale pourrait apparaître comme la poursuite des transformations numériques qui ont largement transformé les entreprises au tournant des années 2000, et préfigurer un monde plus technologique et déshumanisé.

 

Or rapidement, on prend toute la mesure de l’importance du facteur humain dans la révolution digitale. Comme le disait Gérard Berry : « Fondamentalement, l’ordinateur et l’homme sont les deux opposés les plus intégraux qui existent. L’homme est lent, peu rigoureux et très intuitif. L’ordinateur est super rapide, très rigoureux et complètement con. »

 

Si les projets qui réussissent ont reposé sur une forte connivence entre l’humain et la technologie, on ne compte plus le nombre de projets qui ont échoué pour avoir cru qu’on pouvait simplement remplacer l’humain par une machine.

 

Le récent rapport que nous avons remis au ministère du travail a clairement mis en évidence que les métiers qui reposaient sur des tâches répétitives et l’intermédiation sans aucune valeur ajoutée allaient connaitre une mutation profonde ; toutefois les enjeux du monde digital ne visent pas à perfectionner la bougie mais à inventer d’autres modèles économiques dans lequel le service, l’efficacité et l’efficience sont considérablement augmentés grâce à une utilisation plus fine de la donnée.

 

Dans ce contexte, l’homme et la machine ne sont pas en concurrence mais en synergie : la machine traite un volume immense de données en un temps extrêmement court, ce qui élimine des tâches sans valeur ajoutée et donc modifie certains postes qui les assuraient ; Les gains d'efficacité et d'efficience qui en découlent ouvrent de nouveaux marchés qui n'étaient pas envisageables avec des traitements manuels. 

 

Plutôt que de s'arc-bouter sur les modes de traitements anciens, il convient d'analyser les vrais savoirs faire qu'ils sous-tendent et d'explorer les possibilités de les mettre en œuvre sous des formes devenues économiquement envisageables.

 

 

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