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Transformation numérique vs transformation digitale

Dans son bulletin de janvier, AssetFI MS nous a interviewé pour comprendre les transformations en cours; 

Nous reprenons ci-après le contenu de leur publication

 

 

 

Quelle est la définition de la transformation digitale ?

 

Nous la définissons en contraste avec la précédente transformation numérique.

 

La transformation numérique est consécutive à l’introduction de trois innovations principales : l’ordinateur portable, le smartphone et le développement d’internet. Les ERP ont proposé des systèmes clé en main qui ont organisé le partage de la donnée autour d’un système unique, ce qui a considérablement réduit le besoin de développement informatique. Toutes ces technologies ont eu pendant 30 ans des conséquences opérationnelles, en bouleversant notamment les circuits d’obtention de l’information à l’intérieur des entreprises. Depuis 5-6 ans le développement d’une puissance de calcul considérable permet de traiter des données dans une volumétrie sans précédent.

 

Ces développements technologiques ont ouvert la porte au partage de la donnée au sein d’écosystèmes et ont donné lieu à une transformation d’une autre nature, stratégique et tournée vers l’extérieur, la transformation digitale. Auparavant, quand des agents économiques voulaient partager des données, ils s’envoyaient l’information et chacun la mettait à jour de son côté dans ses propres registres.

 

Les développements actuels visent à partager directement une donnée mise en commun.

  • Le client remplit directement sa commande au sein des systèmes informatiques du vendeur ;

  • les moteurs d’intelligence artificielle mixent des données issues de l’entreprise et stockées dans des « clouds » avec des données externes en « open data » ;

  • le marketing repose sur l’information laissée sur le web par les internautes.

  • L’internet des objets permet à un fournisseur de développer une connaissance intime de l’usage qui est fait du produit qu’il a vendu à son client, et à délivrer des services autour de ces données ;

  • la blockchain permet enfin de sécuriser et de filtrer les interactions de la donnée partagée entre agents économiques.

La donnée est donc de plus en plus partagée, elle devient une donnée commune et c’est cela qui est nouveau.

 

Beaucoup de nouveaux usages sont alors possibles. Les producteurs, les clients et les consommateurs peuvent travailler directement sans intermédiaire. Il y a ainsi toute une série de transformations économiques de nature stratégique qui en découlent, alors que la transformation numérique était essentiellement opérationnelle et interne aux entreprises et à leur circuit administratif.

 

Comment peut-on lever les réticences des PME vis-à-vis de la transformation digitale ?

 

C’est en effet un enjeu majeur.

 

Il existe une profonde différence de perception entre le consommateur, très connecté et de plus en plus demandeur de cette digitalisation, et le salarié, qui est plutôt en retrait envers ces transformations qui menacent son métier.

 

La transformation digitale reste souvent extérieure à l’entreprise mais elle va finir par l’affecter ainsi que tout l’écosystème des entreprises.

 

On peut prendre l’exemple du maréchal ferrant. En 1910, celui-ci voyait circuler les premiers camions mais continuait à avoir des clients qui lui amenaient des chevaux à ferrer. Jusqu’au jour où son client lui dit que c’est la dernière fois parce que demain il va vendre son cheval pour acheter un camion. C’est à ce moment-là qu’il a vraiment pris conscience que cette transformation l’obligeait à apprendre de nouvelles techniques.

 

Cet exemple illustre que les transformations technologiques sont lentes et plus lentes qu’on le pense. Les médias donnent l’impression que l’innovation se diffuse rapidement. En réalité l’innovation se diffuse plutôt lentement, car l’acquisition de savoir-faire et la modernisation des systèmes en place prend du temps ; mais la cassure est brutale lorsqu’elle se produit. Soudain le maréchal ferrant n’a plus de cheval à ferrer. Les patrons de PME peuvent être dans cette situation lorsqu’ils sont obnubilés par l’opérationnel et retardent les transformations stratégiques. Le message à faire passer nécessite de la pédagogie. Il faut expliquer ce qui est en train de se passer et tous les enjeux pour l’entreprise.

 

Il y a énormément de bruit autour de la transformation digitale, ce qui fait que les dirigeants ont du mal à lire les grandes tendances à travers des termes nouveaux qui leur parlent plus ou moins : il leur faut des synthèses utiles. Et d’autre part, il leur faut du concret, c’est-à-dire avancer étape par étape en sachant par où commencer et avec qui travailler.

On a l’habitude de dire que la transformation digitale est une épreuve de fond, un marathon. Mais il se court sous forme d’une succession de 100 mètres.

 

Où se situe la France par rapport à l’Allemagne que vous connaissez bien ?

 

Les deux pays sont assez différents. Culturellement, un français et un allemand n’ont pas la même relation à l’innovation et à la créativité.

 

En matière de transformation digitale, on dit qu’il faut être agile et créatif et ce sont des qualités qui s’appliquent bien à la culture française. Spontanément, on pourrait donc penser que la France est en avance.

 

Néanmoins les allemands appréhendent la transformation, non pas dans sa dimension disruptive, mais plutôt comme une succession d’améliorations et sont très concentrés sur la mise en œuvre opérationnelle.

 

Lorsque les entreprises françaises inventent de nouveaux concepts, les allemands cherchent moins l’innovation de rupture et travaillent à la mise en œuvre concrète de façon incrémentale pour permettre d’aller plus loin.

 

Au Consumer Electonic Show de 2018, qui est un baromètre de la créativité, il y avait 275 entreprises françaises, soit autant que les start-up américaines (289) et ... seulement 17 entreprises allemandes présentes.

 

Un autre chiffre illustre une différence : en France, on compte 80 laboratoires de recherche soit un tiers de plus que la soixantaine de laboratoires en Allemagne. Mais ces laboratoires allemands travaillent davantage sur la mise en œuvre industrielle de composants car ils réunissent de vastes écosystèmes académiques et industriels quand en France les deux mondes ont beaucoup de mal à s’enrichir. Nous avons par exemple d’excellents chercheurs au CEA tech, mais ils sont toujours avides de cas d’usage transmis par les entreprises.

 

Au cours d’un symposium sur l’industrie du futur organisé par la Chambre de commerce et d’industrie en 2017, il est apparu une différence notable entre la France et l’Allemagne : les entreprises allemandes travaillent de façon résolue sur des briques indispensables en matière d’interopérabilité et de protection des systèmes, quand les entreprises françaises explorent de nouveaux schémas de rupture business.

 

En France, la transformation digitale est l’apanage des grandes écoles quand les allemands modernisent régulièrement leur industrie avec un enseignement technique largement supérieur. L’âge moyen du parc de machine-outil en France était de 19 ans en 2015 !

 

Y a-t-il un modèle supérieur à l’autre ? Il y en a un plus créatif et l’autre qui met l’accent sur la mise en œuvre. Il faudrait combiner idéalement les deux et travailler davantage sur des logiques d’alliance pour combiner au mieux l’innovation et la mise en œuvre opérationnelle.

 

Quels sont les impacts de la transformation digitale sur les métiers et les compétences ?

 

Dans l’étude que nous sommes en train de préparer pour le ministère du travail, on voit clairement que la transformation des métiers se fait surtout autour des blocs de compétences. Un vendeur reste toujours un vendeur : on considère qu’il ne sera pas remplacé par un robot mais qu’il devra travailler différemment dans un nouvel environnement. Cela signifie qu’il faut repenser l’ensemble des compétences qui sont nécessaires pour redéfinir ou réorganiser les métiers autour de ces compétences. Cela implique également un recensement des compétences que les gens possèdent, ce qui permet de définir vers quels métiers ils peuvent évoluer puisqu’il y a plein de métiers nouveaux sur lesquels on a toujours besoin de certaines compétences.

 

Cette approche dans la redéfinition des métiers est fondamentale. Les allemands ont un avantage en matière de formation technique : la mise en œuvre opérationnelle de nouvelles technologies n’est pas seulement le fait des dirigeants d’entreprises ou des cadres, mais aussi des salariés qui vont devoir les mettre en œuvre. Les salariés allemands sont donc beaucoup plus impliqués et ont une formation technique de plus haut niveau. Le fonctionnement d’entreprises avec des installations techniques de plus en plus performantes fait que les métiers de techniciens se retrouvent au cœur des problématiques de transformation.

 

Les allemands n’hésitent pas à investir de façon massive dans la formation des techniciens. En France, on fait de la formation surtout autour des métiers d’ingénieur. La problématique de la formation est donc un enjeu majeur pour la transformation des entreprises françaises.

 

Interview réalisée par Pierre Grapin le 19 novembre 2018

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